Pour un premier billet sérieux, qui traiterait d'un sujet intéressant autre que celui de ma prodigieuse personne, je voulais plus ou moins marquer le coup et rédiger quelque chose de 100% frais. Un court instant de réflexion m'aura finalement décidé à vous parler de musique, et vous présenter un coup de cœur pour un genre que j'affectionne particulièrement. Mais, manque de bol, la musique n'est pas ma tasse de thé, et, si mes propos pourront vous paraitre pompeux par moment, sachez que j'ai du mettre de l'eau dans mon vin en effectuant quelques recherches sur le sujet.
Avant de vous parler plus en avant de ce courant musical, il me faut remercier la personne qui m'a permis de m'abreuver de ce torrent sonore aux multiples deltas que j'apprécie particulièrement. Donc, muchas gracias Alexis.
Pourtant, rien n'était gagné d'avance. A vrai dire, j'appréhendais ce genre de manière plutôt négative, dressé sur des préjugés tenaces. Et il faut dire que l'éducation que l'on reçoit en matière de musique n'incite pas à se tourner vers autre chose que nos goûts habituels. On a l'habitude de considérer comme suranné tout ce qui est « vieux » de quelques années, et barbare les nouvelles tendances émergentes. Ces dernières sont d'ailleurs englobées sous le terme générique de « musique expérimentale », terme fourre-tout dans lequel sont classées en vrac les musique électronique, contemporaine, électronique, et d'autres branches peu populaires du Quatrième Art.
Vous l'aurez compris, nous allons parler expérimental. Cependant, pas de manière bordélique, en mélangeant comme le font les vulgarisateurs ; mais en nommant ce genre spécifique, en détaillant ses spécificités. J'arrête de suite de vous faire languir, car ce suspens absurde ne saurait perdurer pour la simple et bonne raison que le titre de l'article indique le nom du genre, c'est à dire du trip-hop. Sa désignation le souligne aisément, on est en présence d'un dérivé du hip-hop, auquel il emprunte sa base rythmique. Mais il tient plus encore de l'abstract hip-hop – auquel il doit son appellation par contraction -, dérivatif qui rompt avec son géniteur en ralentissant le tempo, et s'éloigne des sujets de prédilection du rap. On trouve déjà une couche d'abstraction dans l'abstract hip-hop, qui décidément porte bien son nom : les sonorités se font plus expérimentales, et les paroles n'ont parfois aucun sens. Mais là ou le trip-hop se démarque réellement, c'est dans l'intention. Ici, le but premier et avoué est de faire planer. Si l'on adhère au trip, voyage dépaysant garanti, cervelle ballotée au gré des aspirations sonores délirantes.
Et c'est vrai qu'il y a un côté délirant. L'expérimentation permet logiquement de rompre les schémas, d'en établir de nouveaux, de créer des sonorités inattendues ou les arranger à sa convenance. Et ça j'adore. J'ai l'impression d'assister à un feu d'artifice musical, une succession carnavalesque de notes émancipées, un recyclage de bruits quotidiens qui frappent l'oreille et incitent à tendre l'autre. Mais n'en croyez pas la brutalité du jargon utilisé, la plupart des morceaux possèdent une connotation mélancolique. Pour obtenir cette sensation de trip, le procédé tient en quelques mots : une superposition de pistes, des instruments et des samples électroniques, qu'une voix en surimpression viendra tantôt rehausser.
On pourrait croire qu'en tant qu'expérimentation, le trip-hop aille chercher son inspiration dans des domaines encore peu usités, comme l'électronique, qui permet d’explorer toujours plus de nouvelles sonorités. Certes il y a de ça. Et tant mieux, on ne peut condamner la recherche de l'originalité. Néanmoins, les influences du genre sont tout aussi diverses que variées. On retrouve en vrac du jazz, blues, soul, dub, électro, et même des musiques de film, pour ne citer que ceux-là. Il m'est même arrivé de rencontrer, chez Ez3kiel, un passage où les sonorités électriques se disputent avec un accordéon. Ce groupe cherche d’ailleurs à renouveler certains instruments « traditionnels », comme le piano ou le violon, très présents dans son œuvre. Bien sûr, certains extraits ne sont pas tous à mon goût, notamment lorsque l'influence du métal se fait sentir, mais dans l'ensemble ce groupe a tendance à mixer allègrement les timbres les plus antagonistes avec un talent extraordinaire, et transmet sa passion pour la philatélie en la préservant d'une oblitération vengeresse.
Bien évidemment, Ez3kiel n'est le seul groupe auquel je prête une oreille attentive. Je citerai entre autres Amon Tobin, Apparat, Aphex Twin (l'artiste souffre de synesthésie), Bonobo, Free The Robots, Gui Boratto, ou encore Ghost. Mais le plus incroyable dans tout ça, c'est qu'il y en a encore une pléiade à découvrir ! Et maintenant place à la pratique, avec un panel restreint d’albums à découvrir.
Discographie choisie :
Amon Tobin :
Foley Room (2007)
Apparat :
Organ Quartet (2005)
Aphex Twin :
I care because you do(1995)
Bonobo :
Days to come (2006)
Solid Steel Presents: It Came from the Sea (2005)
Ez3kiel :
Naphtaline (2006)
B4arbary (2009)
Free The Robots :
Ctrl Alt Delete (2010)
Ghost :
Freedom of Thought (2009)
Gui Boratto :
Take my breath away (2009)
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