Assassin's Creed II

Publié le par GiZeus

A sa sortie et même avant, Assassin's Creed premier du nom avait suscité de nombreuses attentes. Un côté Prince of Persia - développé par Ubisoft également – pour la panoplie de mouvements acrobatiques, où venait se greffer un zeste de GTA avec une liberté de déplacement et quelques missions secondaires qu'il faut honnêtement reconnaitre comme redondantes. Bien que rapidement lassé du premier opus, j'attendais le second volet de la saga avec un certain intérêt. Les annonces vantant les multiples possibilités du jeu se succédaient, et j'avoue bien volontiers que si je n'étais pas très chaud pour tenter l'expérience à l'origine, les nouvelles possibilités attisaient ma curiosité. Voici sans plus tarder mes impressions sur l'héritier d'Assassin's Creed premier du nom.

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 Je commence avec un gros coup de gueule sur la politique de protection d'Ubisoft. Le DRM foireux qui impose une connexion à internet pour tâter du solo et qui sauvegarde nos parties sur le serveur. Un nouveau pas franchi dans l'absurdité de protéger ses deniers. Certes la sauvegarde de données peut paraitre seulement excessive, mais qu'en sera-t-il lorsqu'un jeu demandera d'influer sur le cours de l'histoire ? Qui garantit que nos choix ne seront pas dûment décortiqués ? On peut m'accuser de céder à la paranoïa, soit, et je reconnais qu'il y a plus grave comme traçabilité pour l'instant. Donc je ne m'étendrai pas sur ce point. D'ailleurs, quelques recherches sur le net m'auront rapidement permis de m'affranchir de cet inconvénient.

 

http://image.jeuxvideo.com/images/pc/a/s/assassin-s-creed-ii-pc-017.jpgEn ce qui concerne le jeu à proprement parler, au bout de quelques heures le constat n'est guère éblouissant, à l'inverse de sa plastique. Car s'il est un domaine qui soit difficilement critiquable, c'est bien celui des graphismes. Assassin's Creed II propose comme son aîné plusieurs cités à visiter, plus quelques paysages extérieurs de rase campagne qui séparent les dites-villes. Ces dernières offrent un level-design suffisamment marqué pour ne pas les confondre, et l'architecture de certains bâtiments est à couper le souffle, d'autant plus que certaines bâtisses sont des répliques proches des modèles existants. L'accent a été mis sur le réalisme, qui pourrait par moments faire visite guidée des monuments transposés, puisque ces derniers se voient adjoindre d'un léger historique. Comme avec son ainé, les artères sont encombrées de passants, mais cet opus innove avec l'arrivée de marchands aux services divers, ou encore de trésors à dérober, au nez et à la barbe des gardes. Néanmoins, malgré sa rutilante plastique, je ne me suis pas longtemps esbaudi devant le paysage. Assassin's Creed a beau être à la pointe en matière d'image, l'univers est sans âme. J'étais en pleine exploration de Morrowind à l'époque, et l'enchantement qui se dégage des contrées visitées est sans égal pour ma part. Ici peu de renouveau, peu de dépaysement ; l'Italie de la Renaissance ne souffle pas le charme des beaux esprits. De l'industriel façonné qui aligne des pixels vertigineux, mais qui ne parvient pas à m'immerger dans ce monde trop fade à mon goût.

 

Ce défaut d'âme se retrouve dans les compositions pas très musicales. Durant nos escapades solitaires, seule la rumeur monotone de la ville – ou de la compagne – nous accompagneront. Ou alors, ce sera la course zélée du serviteur équidé, dont les lourds sabots tonneront contre le sol, qui égayeront les traversées inter-villes. Bref, le travail sur l'environnement fait clairement défaut.

 

http://image.jeuxvideo.com/images/pc/a/s/assassin-s-creed-ii-pc-116.jpgLe jeu nous propose d'incarner Ezio Auditore, fils d'un notable de la ville, ami des Médicis. Ce pimpant séducteur de Florence, d'un caractère crâneur assumé, genre beau gosse audacieux de nos jours sera témoin aux alentours de ses vingt ans de l'exécution en place publique de la moitié de sa famille, malgré la confiance qu'il avait placée dans l'ami de son père (absolument pas prévisible...). Il s'enfuit alors de la ville afin de protéger sa mère et sa soeur, dernières rescapées du massacre, et fera la rencontre d'une secte d'assassins à laquelle appartient son oncle, mais aussi son père. Le conflit entre assassins et templiers, décliné cette fois-ci version renaissance, verra s'abattre la vengeance d'Ezio sur les meurtriers de son père, éventant du même coup le complot mis en branle.

 

Même si je ne suis pas le mieux placé pour juger l'histoire, puisque je n'ai pas fini le jeu, les quelques heures passées en compagnie d'Ezio auront fait naître certaines remarques dans mon esprit. Tout d'abord, mention spéciale au didacticiel dans la catégorie initiation la plus tarte, qui nous fait vivre notre naissance. Alors qu'une scène pareille se justifiait dans Fallout 3, ici tout n'est que mièvrerie insipide. Une fois cette douloureuse étape expédiée, nous servons quelques temps d'homme de main aux membres de la famille, afin d'en découvrir un peu plus sur cette entité. L'idée n'est pas mauvaise, faire la connaissance de ces êtres dont la moitié vont se faire pendre aurait eu du bon, mais en dépit de personnages charismatiques, j'y trouve un certain décalage avec l'époque dépeinte. C'est notamment Ezio qui pose problème, son personnage colle trop aux standards actuels avec son côté beau gosse crâneur insolent. De plus, le drame dont il est victime ne modifie que peu son caractère. Cet aspect guilleret du début persiste, en dépit de l'assassinat de sa famille. Je pensais que ce côté exubérant disparaitrait par la suite, mais non, toujours cette immaturité et ce sens de la plaisanterie, cette attitude affable qui dépouille l'ambiance comploteuse lors des cinématiques. Son parcours psychologique est des plus raccourcis, et l'hésitation dont il fait preuve est réduite au strict minimum. On sent la nette opposition de valeurs entre les deux camps, d'un côté les gentils dotés de ce caractère généralement affable, et de l'autre des méchants souvent présentés comme fourbes. On fera également la connaissance du célébrissime Léonardo Da Vinci, qui proposera à Ezio un décodage express des codex rapportés. Le génie de l'homme est tel qu'il perce à jour n'importe quel cryptage en un tour de main. Quant à la narration elle m'est apparue très décousue, abusant de scènes courtes pour expliquer un fragment de la situation. Rapidement submergé par la multitude de personnages, j'ai décroché en cours. Sur le fond de l'histoire, on remarquera simplement qu'il s'agit d'une variation sur le thème des templiers.

 

http://image.jeuxvideo.com/images/pc/a/s/assassin-s-creed-ii-pc-200.jpgMais tout le monde sait que le coeur d'un jeu c'est son gameplay, que la trame narrative ne sert qu'à sous-tendre cet aspect fondamental. Comme son aîné, Assassin's Creed II nous propose d'évoluer sur terre comme dans les airs, de toit en toit, d'escalader des édifices gigantesques, ou encore d'éliminer les gardes par surprise. Joli programme en perspective, mais si la brochure est aguicheuse, le résultat se révèle très décevant. Ce jeu illustre à merveille l'évolution casual des grandes productions actuelles. On est  loin du gameplay d'un Mirror's Edge qui propose au joueur un challenge dosé, délivrant cette sensation de fun après quelques mouvements compliqués à effectuer. Tout est fait pour ne pas frustrer le joueur. Passons rapidement sur certaines acrobaties louches, comme lorsque Ezio, agrippé à une paroi verticale, se propulse d'un saut spectaculaire un mètre vers l'arrière et en hauteur pour attraper la gouttière du toit et l'escalader en toute sérénité, ou encore ces rattrapages de justesse après un saut vertigineux sur une toute petite surface. A l'instar du premier opus, les actions s'effectuent automatiquement. En clair, cela signifie qu'il suffit de rester appuyer sur deux boutons pour rentrer dans une course folle et effrénée. Pour escalader une paroi ou faire un saut, nul besoin de se lancer dans une combinaison de touches, il importe seulement de se laisser guider par l'assistanat logiciel. D'autre part, Ezio est pratiquement invincible. Bien qu'il soit doué d'aptitudes plus développées que le commun des mortels, rien ne justifie qu'il ressorte indemne d'une chute de trente mètres ! Nous aurait-on dissimulé qu'à cette époque déjà l'eugénisme faisait des émules au point de remplacer l'ossature originale par un squelette en titane ? Quant au système de combat, il lui manque aussi un certain dynamisme pour prétendre mettre nos nerfs à l'épreuve. On se contentera la plupart du temps d'une posture défensive pour contre-attaquer, alors que les attaques frontales mettent sous le coup d'une contre-attaques des adversaires. Certes il faudra contre certains adversaires plus costauds esquiver puis porter l'estocade, mais dans l'ensemble c'est très mou et peu convaincant, le système avantageant outrageusement le joueur. La partie infiltration déçoit également. On retrouve la panoplie habituelle du genre, avec des sauts sur l'ennemi lorsque Ezio est en surplomb, ou bien bascule par-dessus la balustrade à l'occasion d'une suspension. Néanmoins, l'approche par derrière est bien trop facilitée, et il demeure trop aisé d'éliminer tranquillement un garde sans se faire repérer.

 

http://image.jeuxvideo.com/images/pc/a/s/assassin-s-creed-ii-pc-155.jpgMais objectivement, il faut reconnaître l'avancée réalisée par rapport au volet précédent. Ceux qui y avaient joué se souviennent certainement de la redondance occasionnée par la faible variété des missions principales et de la quasi-inexistence des missions secondaires. Sans aller jusqu'à dire que le tort est réparé, on ne peut nier une volonté de diversification. Désormais, il est possible de créer une diversion en faisant appel à des « courtisanes » (comprenez filles de joie) ou de malandrins, qui iront chacun distraire les gardes à leur manière en échange d'espèces sonnantes et trébuchantes. Ou alors, si un barde s'énamoure de la personne d'Ezio, il est possible de s'en débarrasser en jetant à la volée quelques pièces qui provoqueront une légère animation. Dans un autre registre, il sera également possible de réhabiliter une ville avec les deniers acquis lors des missions, la cité produisant alors des revenus proportionnels à sa restauration. Malheureusement toutes ces nouveautés sonnent faux, leur implémentation parait artificielle. Les courtisanes et brigands se verront la plupart du temps utilisés à seule fin de pillage de trésor, activité annexe plus que banale. D'ailleurs, les réactions de la bêtise artificielle sont tout aussi basiques. Sur les trois gardes en faction devant une porte, aucun n'aura la présence d'esprit de rester surveiller l'entrée pendant que ses compères partiront à la chasse aux malotrus. Tous se sentent obligés de traquer les importuns afin de laver l'affront, quoiqu'en pratique l'affrontement contre ces gardes soit envisageable puisque face à huit adversaires on triomphe aisément. Même reproche pour la gestion de la ville, tout aussi misérable. Le principe n'est ni plus ni moins de s'enrichir facilement. De gestion il n'y a que le terme, il suffit de passer à la caisse pour obtenir des revenus croissants, un cercle bien trop vertueux pour être intéressant.

 

http://image.jeuxvideo.com/images/pc/a/s/assassin-s-creed-ii-pc-111.jpgL'autre nouveauté notable concerne le système de réputation. Intéressant sur le papier, il se révèle en pratique inutile. Le principe se base sur une évidence : tout acte anormal d'Ezio, comme sauter de toit en toit, escalader une façade, ou bien agresser une personne en public, lui vaudra d'augmenter sa notoriété. Plus il est connu, plus les regards des gardes s'attardent sur lui, pour finalement venir l'aborder fort peu amicalement au terme d'une durée plus ou moins longue selon sa réputation du moment. Pour passer inaperçu aux yeux des sentinelles, il importe alors de se dissimuler au milieu d'un groupe de passants. Mais en situation c'est très peu jouissif. D'une part les gardes ne sont qu'une menace rampante, quelque branche morte qui viendrait s'accrocher dans nos guêtres au détour d'un sentier. Pourquoi alors s'ingénier à se cacher ? D'autre part, l'implémentation de cette fonctionnalité est bien trop superficielle pour être convaincante. Baisser sa notoriété est un jeu d'enfant, il faut pour cela arracher quatre avis de recherche ou soudoyer les harangueurs publics pour être définitivement tranquille. La réaction de la foule souffre également de quelques lacunes. Si toutes les mesures précédentes sont manifestement destinées au peuple, pourquoi diantre ne voit-on jamais un citoyen véreux nous dénoncer à la milice ? Ou bien un groupe d'hommes essayant de nous faire la peau dans une ruelle étroite pour toucher une récompense ? Cette même populace se montre beaucoup trop homogène et apathique lors des agressions en public. Certes elle se tient à distance raisonnable et s'offusque lorsqu'on dépouille les morts. Mais là encore, aucun téméraire ne tente de se faire mousser, ou un groupe d'hommes fortement indignés de rétablir justice. Et encore moins de mouchard allant prévenir la garde.

 

A vrai dire, il n'y a qu'une seule chose qui m'ait été vraiment sympathique dans cet opus. Ce sont les mini-jeux relatifs aux symboles disséminés dans sur les façades des bâtiments. Bien plus intéressant que ce challenge complètement idiot qui consiste à trouver toutes les plumes dispersées dans la ville dans le soucis d'étendre la durée de vie de manière frauduleuse. Donc Ubisoft, les plumes vous savez où vous les mettre.

 

Au final, Assassin's Creed II est un blockbuster vidéoludique qui s'inscrit dans la tendance actuelle, où la prouesse graphique pharamineuse fait office de cache-misère en comparaison de mécanismes bien peu approfondis. Cette volonté de séduction d'un public peu exigeant se retrouve dans l'attitude du protagoniste, qui évoque plus un adolescent attardé contemporain qu'un assassin. Complètement dispensable.

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Walpurgis 21/10/2010 11:03


J'ai joué au 1 et j'ai fini le 2 il y a un pas mal de temps ^^ Le graphisme est magnifique mais j'étais plus sensible à l'époque utilisée dans le 1er opus (les templiers...) ça me parle beaucoup
plus que la Renaissance.
Le jeu est facilement maniable en effet et on passe vite les différentes étapes sans soucis, comme tu l'as souligné il y a une diversification des missions mais peut mieux faire !
Quant aux plumes, je suis complètement d'accord avec toi !;-)
D'ailleurs, Prince of Persia : les sables du temps a la même maniabilité et est très facile à terminer, quant aux graphismes, ils sont magnifiques.
Morrowind : j'y ai joué et c'est déjà beaucoup plus complexe en effet !


GiZeus 21/10/2010 11:15



Oui, Morrowind est moins facile d'accès, mais au final c'est une vraie claque, une drogue douce. J'ai tellement écrit à propos de ce jeu qu'il faudra que j'en fasse un article, même si d'autres
en parleront forcément mieux que moi. J'ai joué "seulement" 300 heures dessus, alors que d'autres dépassent allègrement le millier.